Le phare d'Orchilla dans un champ de lave, à la pointe ouest d'El Hierro, ancien méridien d'origine
Destination

El Hierro : que voir sur l'île du bout du monde

268 km², 11 000 habitants, la plus isolée des Canaries. On y vient pour les fonds sous-marins et pour le silence.

1 501 m
Pico de Malpaso
268 km²
de superficie
11 000
habitants

Que voir à El Hierro : l'essentiel

El Hierro est la plus petite et la plus occidentale des îles principales : 268 km² pour environ 11 000 habitants. C'est aussi la plus jeune, formée il y a 1,2 million d'années, et la dernière à avoir connu une éruption, en 2011, au large de La Restinga.

Que voir à El Hierro, par ordre de priorité
SiteOùTemps à prévoirAccès
Vallée d'El GolfoNord-ouestUne demi-journéeRoute
Mirador de la PeñaNord1 heureRoute
El Sabinar, les genévriers couchésOuest2 heuresRoute puis piste
La Restinga et la réserve marineSudUne journéeRoute
Phare d'Orchilla et méridienOuest2 heuresPiste
Charco Azul et Charco MansoNord2 heuresRoute puis escaliers
Arbre GaroéNord-est1 heureRoute puis sentier
Pozo de la SaludOuest1 heureRoute

L'île entière est réserve de biosphère depuis l'an 2000 et a été déclarée géoparc mondial Unesco en 2014. Ces deux statuts encadrent la construction et expliquent l'absence totale de complexe hôtelier : l'hébergement se limite à des gîtes, des pensions et un parador.

Un mot sur ce qui manque, parce que c'est ce qui déçoit le plus souvent. Il n'y a quasiment pas de plage de sable. Le littoral est une succession de falaises et de coulées, et la baignade se pratique dans des piscines naturelles aménagées dans la lave.

La vallée d'El Golfo, le cœur d'El Hierro

El Golfo est un vaste amphithéâtre ouvert sur l'océan, bordé d'une falaise de 1 000 mètres de haut sur une quinzaine de kilomètres. Ce n'est pas une caldeira : c'est la cicatrice d'un gigantesque glissement de terrain survenu il y a environ 130 000 ans, quand tout un flanc de l'île s'est effondré dans la mer.

Le fond de la vallée, protégé du vent et bien exposé, concentre l'agriculture de l'île : bananiers, ananas et surtout la vigne. Les vins d'El Hierro, produits sur des surfaces minuscules, se dégustent dans quelques bodegas de Frontera et de Sabinosa.

Le mirador de la Peña, sur le rebord de la falaise, est le point de vue de référence sur toute la vallée. Le bâtiment et son restaurant ont été dessinés par César Manrique, qui a appliqué ici la même approche qu'à Lanzarote : une construction encastrée dans le relief plutôt que posée dessus.

Le mirador de la Peña, bâtiment de César Manrique en surplomb de la vallée d'El Golfo, El Hierro
Le mirador de la Peña est encastré dans le rebord de la falaise plutôt que posé dessus. Les Roques de Salmor se distinguent dans la mer, en contrebas.Photo : Casacanarias, CC BY-SA 4.0

El Sabinar et le méridien d'Orchilla

Le Sabinar est l'image la plus reproduite de l'île : des genévriers de Phénicie, les sabinas, tordus jusqu'à l'horizontale par des siècles d'alizés. Certains sont couchés au sol, le tronc plié en arc, encore vivants.

Sabina couchée à l'horizontale par les alizés, El Sabinar, El Hierro
La sabina la plus photographiée de l'île est protégée par une barrière. Son tronc a été plié jusqu'à l'horizontale par des siècles d'alizés.Photo : Desde un tajinaste, CC BY 4.0

Ils poussent sur le plateau ouest, un endroit balayé en permanence, à une vingtaine de minutes de piste depuis Sabinosa. L'arbre le plus photographié est protégé par une barrière : il figure sur les documents officiels de l'île et sert d'emblème.

Plus bas, la pointe d'Orchilla marque l'extrémité ouest. Elle a servi de méridien d'origine pendant des siècles : le géographe Ptolémée y avait placé la limite du monde connu au IIe siècle, et la convention a tenu jusqu'à l'adoption de Greenwich en 1884.

Le phare d'Orchilla, construit en 1933, se dresse au bout d'une piste qui traverse un champ de lave, dans un décor entièrement minéral. Un monument marque l'emplacement du méridien à proximité. C'est le bout de l'Europe, au sens propre : jusqu'en 1492, on pensait qu'il n'y avait rien au-delà.

La plongée à La Restinga, la raison de venir

C'est le premier motif de séjour sur l'île. La réserve marine du Mar de las Calmas, créée en 1996, couvre 750 hectares au sud d'El Hierro et compte parmi les meilleurs sites de plongée d'Europe.

Trois facteurs se combinent. La côte sud est abritée du vent dominant, d'où le nom de mer des calmes. Les fonds descendent très vite, ce qui amène de la vie du large à quelques dizaines de mètres du bord. Et la visibilité dépasse fréquemment 30 mètres, avec une eau entre 19 et 23 degrés selon la saison.

  • El Bajón, un mont sous-marin qui remonte à 20 mètres, avec des bancs de barracudas et de carangues. Le site emblématique de la réserve.
  • La Herradura, une arche naturelle accessible aux plongeurs intermédiaires, avec mérous et raies pastenagues.
  • Punta Restinga, à quelques minutes du port, un site facile pour les premières plongées et les baptêmes.
  • El Desierto, un tombant qui plonge dans le bleu, réservé aux plongeurs confirmés.

Une demi-douzaine de centres opèrent depuis le village de La Restinga, qui vit presque uniquement de cette activité. Comptez 40 à 55 euros la plongée avec bloc et lestage, et réservez à l'avance : les places sont limitées par les quotas de la réserve.

La réservation se fait presque toujours en direct auprès des centres. Les plateformes d'activités ne référencent qu'une poignée de sorties sur l'île, bien moins que sur Tenerife ou La Palma : vous pouvez vérifier ce qui est disponible à El Hierro, mais ne comptez pas dessus pour organiser un séjour de plongée.

Randonner à El Hierro

L'île compte environ 250 km de sentiers balisés, souvent d'anciens chemins muletiers pavés. Le dénivelé est important pour une si petite surface : l'altitude passe de zéro à 1 501 mètres au Pico de Malpaso en quelques kilomètres.

Camino de la Virgen

L'ancien chemin de pèlerinage qui traverse l'île d'ouest en est, de la Dehesa à Valverde. Environ 28 km, la grande traversée locale.

Sentier de Jinama

Chemin pavé qui descend la falaise d'El Golfo sur 900 mètres de dénivelé. Vertigineux et spectaculaire, à faire en descente.

L'arbre Garoé

Courte marche vers le til légendaire qui, selon la tradition, condensait assez de brume pour alimenter les habitants en eau.

Le Sabinar et la Dehesa

Boucle sur le plateau ouest, entre les genévriers couchés et l'ermitage de la Virgen de los Reyes.

L'histoire de l'arbre Garoé mérite d'être connue : les Bimbaches, habitants pré-hispaniques de l'île, récoltaient sous ses feuilles l'eau condensée de la brume, sur une île sans rivière. L'arbre d'origine a été renversé par une tempête en 1610 ; celui qu'on visite a été replanté en 1949.

Gorona del Viento, l'île presque autonome en énergie

C'est le projet qui a fait connaître El Hierro au-delà des Canaries. La centrale hydro-éolienne de Gorona del Viento, en service depuis 2014, combine un parc éolien de cinq turbines et deux réservoirs placés à des altitudes différentes.

Le principe résout le problème classique de l'éolien, le stockage. Quand le vent dépasse la demande, le surplus pompe de l'eau vers le réservoir haut. Quand le vent tombe, l'eau redescend dans une turbine et produit du courant. Les réservoirs servent donc de batterie, sans batterie.

Les éoliennes de la centrale hydro-éolienne de Gorona del Viento au-dessus de l'océan, El Hierro
Les cinq turbines dominent la côte nord-est. Le surplus de vent sert à pomper de l'eau vers un réservoir haut, qui la restitue par une turbine quand le vent tombe.Photo : Casacanarias, CC BY-SA 4.0

Le résultat n'est pas une autonomie totale, contrairement à ce qu'on lit parfois. L'île a fonctionné plusieurs semaines d'affilée en énergie 100 % renouvelable et couvre en moyenne plus de la moitié de sa consommation électrique annuelle, la centrale diesel prenant le relais le reste du temps. C'est déjà un record pour un territoire insulaire isolé.

Le site se visite sur réservation, et le centre d'interprétation explique le fonctionnement. C'est une sortie qui intéresse autant les curieux que les enfants.

Visiter El Hierro en trois jours

L'île est petite mais les routes sont lentes : comptez une heure de Valverde à La Restinga pour 40 km. Le découpage ci-dessous limite les allers-retours.

  1. 1

    Jour 1 : Valverde et le nord

    Arrivée, la capitale, puis le mirador de la Peña et sa vue sur El Golfo. Descente vers les piscines naturelles de Charco Azul et Charco Manso en fin de journée.

  2. 2

    Jour 2 : El Golfo et l'ouest

    Le fond de la vallée, une bodega à Frontera, puis la montée vers le Sabinar, l'ermitage de la Virgen de los Reyes et le phare d'Orchilla par la piste.

  3. 3

    Jour 3 : La Restinga et le sud

    Une ou deux plongées dans la réserve du Mar de las Calmas, ou snorkeling depuis le bord. Retour par le mirador de las Playas et la route de crête.

En une semaine, ajoutez la traversée par le Camino de la Virgen, la descente du sentier de Jinama, l'arbre Garoé et la visite de Gorona del Viento. Les plongeurs remplissent facilement six jours à raison de deux sorties quotidiennes.

Quand partir à El Hierro

La réponse dépend d'un seul critère : la mer. Comme la plongée et les piscines naturelles sont les principales raisons de venir, la fenêtre utile est celle où l'océan est le plus calme et le plus chaud.

Choisir sa saison à El Hierro
PériodeMerCe qui marcheCe qui coince
Mai à juillet21 à 22 °CPlongée idéale, sentiers praticablesRien de notable
Août à octobre22 à 23 °CMer la plus chaude de l'annéeFréquentation en hausse, réserver tôt
Novembre à janvier20 °CÎle déserte, tarifs basHoule, accès aux piscines fermés
Février à avril19 °CVégétation verte au nordMer la plus froide, ferry parfois annulé

La meilleure période est donc mai à octobre. En hiver, la houle atlantique ferme régulièrement les accès aux piscines naturelles du nord et perturbe les rotations du ferry. Le calendrier de l'archipel est détaillé dans notre guide quand partir aux Canaries.

Que manger à El Hierro

Le produit signature est le queso herreño, un fromage mêlant lait de chèvre, de brebis et de vache, souvent fumé au bois de figuier ou de bruyère. Il bénéficie d'une appellation d'origine protégée et se trouve dans les commerces de Frontera et de Valverde.

L'île produit aussi du vin sur des surfaces minuscules, avec l'appellation El Hierro, l'une des plus petites d'Espagne. Les vignes poussent en altitude dans la vallée d'El Golfo, et plusieurs bodegas de Frontera et Sabinosa vendent directement.

Côté table, la vieja et le cherne se commandent grillés au port de La Restinga, souvent facturés au poids. Le quesadilla herreña, une pâtisserie au fromage frais, à l'anis et au citron, est le dessert local, protégé lui aussi par une indication géographique.

Un point pratique : l'offre de restauration est très limitée et beaucoup d'établissements ferment tôt ou un jour par semaine. Hors de Valverde, Frontera et La Restinga, il n'y a souvent rien. Prévoyez de quoi déjeuner si vous partez sur le plateau ouest ou vers Orchilla.

Organiser son voyage à El Hierro

Comment aller à El Hierro

Aucun vol direct depuis la France, et aucune liaison sans passer par Tenerife. Binter relie Tenerife Nord à l'aéroport de Valverde en 40 minutes, plusieurs fois par jour. Le ferry de Naviera Armas part de Los Cristianos vers Puerto de la Estaca en environ deux heures et demie, ce qui permet d'embarquer une voiture.

L'atterrissage à Valverde est réputé technique à cause du vent, et les vols sont parfois déroutés. Si vous avez un vol de retour serré vers l'Europe, prévoyez une nuit de marge à Tenerife.

Se déplacer sur l'île

La voiture est indispensable. Le réseau de bus dessert les villages avec des fréquences très faibles, et rien ne mène aux sites naturels. L'offre de location est limitée : réservez à l'avance, surtout en été. Les routes sont bonnes mais très sinueuses, avec un tunnel qui relie Valverde à El Golfo et évite le col.

Où dormir

Frontera et Tigaday dans la vallée d'El Golfo pour le centre de gravité de l'île, La Restinga pour la plongée, Valverde pour la proximité de l'aéroport. Le parador de Las Playas, isolé sur la côte est, est l'établissement le plus confortable. Comparer les hébergements sur l'île montre à quel point l'offre est réduite : quelques dizaines d'adresses en tout.

Quel budget prévoir

Budget indicatif pour deux personnes à El Hierro
PostePar jour
Hébergement, gîte ou pension50 - 90 EUR
Voiture de location25 - 40 EUR
Repas, menu du jour et courses35 - 60 EUR
Plongées, deux personnes0 - 110 EUR

El Hierro est l'une des îles les moins chères de l'archipel une fois sur place, le transport étant le poste qui pèse. Le détail se trouve dans notre guide du coût de la vie aux Canaries, et la page s'installer à El Hierro prend le relais pour un projet plus long.

Questions fréquentes sur El Hierro

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