La ville de Las Palmas de Gran Canaria et la plage de Las Canteras, principal pôle de travail à distance des Canaries
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Visa nomade digital : travailler à distance depuis les Canaries

Trois ans renouvelables, un seuil de revenus indexé sur le salaire minimum espagnol, et une option fiscale à 24 %. Réservé aux non-Européens.

Ce qu'est le visa nomade digital espagnol

Il a été créé par la loi de décembre 2022 sur l'écosystème des entreprises émergentes, la loi dite des startups, et s'applique depuis 2023. Son nom officiel est plus précis que son surnom : c'est une autorisation de séjour pour télétravail de caractère international.

La logique est simple. Vous travaillez à distance pour un employeur ou pour des clients situés hors d'Espagne, vous résidez légalement en Espagne, et le pays vous accueille sans que vous preniez un emploi sur son marché du travail. Le titre couvre deux profils : les salariés en télétravail et les indépendants.

Il s'adresse donc aux ressortissants de pays tiers : Canadiens, Britanniques depuis le Brexit, Américains, Brésiliens, Marocains, entre autres. C'est aussi une option pour les conjoints non européens de citoyens de l'Union qui préfèrent un titre autonome.

Les conditions du visa nomade digital

Le dossier repose sur quatre piliers, et chacun fait l'objet d'un contrôle documentaire précis.

Les quatre conditions du visa nomade digital
ConditionCe qui est exigé
Revenus200 % du SMI espagnol, plus 75 % pour le premier membre de famille et 25 % par personne supplémentaire
Nature de l'activitéEmployeur ou clients hors d'Espagne, avec au plus 20 % du revenu de source espagnole
AnciennetéAu moins 3 mois de relation avec l'employeur ou les clients, et une entreprise créée depuis plus d'un an
QualificationDiplôme du supérieur, formation professionnelle reconnue, ou 3 ans d'expérience dans le domaine

Le seuil de revenus est indexé sur le salaire minimum espagnol, qui est revalorisé chaque année. En pratique, il se situe autour de 2 700 à 2 800 euros nets par mois selon l'année en cours. Ne travaillez jamais sur un chiffre trouvé dans un article ancien : vérifiez le SMI de l'année où vous déposez.

La règle des 20 % de revenus de source espagnole est celle qui surprend le plus les indépendants. Elle plafonne la part de votre chiffre d'affaires pouvant provenir de clients établis en Espagne. Dépasser ce seuil fait sortir du dispositif et suppose un autre titre.

S'ajoutent des conditions générales communes à tous les titres de séjour : casier judiciaire vierge sur les cinq dernières années, absence d'interdiction d'entrée dans l'espace Schengen, et une couverture maladie complète en Espagne, soit par une assurance privée sans franchise ni carence, soit par affiliation à la sécurité sociale espagnole.

Deux voies pour demander le visa nomade digital

Le choix de la voie détermine la durée du titre obtenu, le délai de traitement et le lieu de dépôt. C'est la décision la plus structurante du dossier.

Par le consulat, depuis votre pays

Vous obtenez un visa d'un an, qui vous permet d'entrer et de séjourner. Il faut ensuite demander la carte de séjour sur place. Délai variable selon le poste consulaire, de quelques semaines à plusieurs mois.

Par l'UGE, depuis l'Espagne

Vous entrez légalement, par exemple avec une exemption de visa court séjour, et déposez auprès de l'Unité des grandes entreprises. Vous obtenez directement une autorisation de trois ans, traitée en vingt jours ouvrables.

La seconde voie est la plus utilisée, pour deux raisons : le titre est trois fois plus long et la procédure applique le silence positif. Sans réponse de l'administration dans le délai de vingt jours ouvrables, la demande est réputée acceptée.

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    Réunir les preuves d'activité

    Contrat de travail ou contrats de prestation, lettre de l'employeur autorisant le télétravail depuis l'Espagne, justificatif d'ancienneté de plus de trois mois et d'existence de l'entreprise depuis plus d'un an.

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    Documenter les revenus et la qualification

    Bulletins de paie ou factures et relevés bancaires sur plusieurs mois, plus le diplôme ou la preuve de trois ans d'expérience. Les documents étrangers doivent être apostillés et traduits par un traducteur assermenté.

  3. 3

    Obtenir le casier judiciaire et l'assurance

    Extrait de casier de chaque pays de résidence des cinq dernières années, apostillé, accompagné d'une déclaration d'absence d'antécédents. Souscrire une assurance santé conforme, sans franchise ni délai de carence.

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    Déposer et payer la taxe

    Le dossier se dépose en ligne auprès de l'UGE avec un certificat numérique, ou au consulat selon la voie choisie. La taxe administrative se règle au dépôt.

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    Obtenir le NIE puis la TIE

    Une fois l'autorisation accordée, vous demandez la carte physique de séjour, la TIE, auprès de la police, avec prise d'empreintes. Elle porte le NIE qui vous suivra ensuite.

    La procédure NIE→

La fiscalité du visa nomade digital

C'est l'argument le plus mis en avant, et celui qui demande le plus de nuance. Les titulaires du visa peuvent opter pour le régime spécial des travailleurs déplacés, hérité de ce que l'on appelle couramment la loi Beckham.

Régime spécial et régime de droit commun
CritèreRégime spécialRégime général, IRPF
Taux24 % jusqu'à 600 000 EUR, 47 % au-delàBarème progressif par tranches
Revenus étrangersNon imposés en Espagne, sauf salairesImposition mondiale
DuréeL'année d'arrivée plus 5 ansSans limite
IntérêtRevenus élevés, patrimoine à l'étrangerRevenus modestes, charges de famille

L'option n'est pas automatique : elle se demande dans les six mois suivant l'inscription à la sécurité sociale espagnole, au moyen d'un formulaire dédié. Passé ce délai, elle est perdue pour toute la période.

Et elle n'est pas toujours avantageuse. Le taux de 24 % s'applique dès le premier euro, sans abattement ni quotient familial. Pour un revenu modeste ou une famille avec enfants, le barème progressif de droit commun aboutit souvent à un impôt plus faible. Le calcul se fait au cas par cas.

Notre page dédiée au régime Beckham détaille les conditions d'éligibilité et les cas d'exclusion, et le guide de la fiscalité aux Canaries replace le sujet dans l'ensemble des règles applicables sur l'archipel.

Pourquoi choisir les Canaries avec un visa nomade digital

Le visa est national : il autorise à résider partout en Espagne. Le choix des Canaries répond alors à des arguments propres à l'archipel, et ils ne sont pas seulement climatiques.

Façades du centre historique de Las Palmas de Gran Canaria, autour du quartier de Triana
Le centre de Las Palmas concentre la majorité des espaces de coworking de l'archipel, à quelques rues de la plage de Las Canteras.
  • Le fuseau horaire. L'archipel est sur l'heure de Londres, une heure derrière l'Europe continentale, ce qui laisse un chevauchement confortable avec l'Europe et avec la côte est américaine.
  • La fiscalité indirecte. L'IGIC remplace la TVA à un taux général bien plus faible, ce qui se ressent sur l'électronique, les véhicules et de nombreux services.
  • Le coût de la vie. Il reste inférieur à celui de Madrid et de Barcelone, en particulier sur le logement hors des stations touristiques.
  • L'écosystème de Las Palmas. La ville concentre la majorité des espaces de coworking de l'archipel et une communauté internationale installée depuis plus de dix ans.
  • La réduction résident. Une fois empadronado, vous bénéficiez de 75 % de réduction sur les vols vers l'Espagne continentale.

Le revers existe et mérite d'être dit. La connectivité aérienne vers l'Europe est bonne mais passe souvent par une correspondance hors des grands aéroports, les loyers de Las Palmas et du sud de Tenerife ont sensiblement augmenté, et l'insularité reste une contrainte pour qui voyage beaucoup pour affaires.

Le comparatif des îles selon le profil, avec les loyers et les zones où la communauté francophone est installée, se trouve sur notre page quelle île choisir pour s'installer.

Visa nomade digital ou autre titre de séjour espagnol

Le visa nomade n'est pas la seule voie d'installation pour un non-Européen, et il n'est pas toujours la meilleure. Trois alternatives coexistent, avec des logiques différentes.

Les titres de séjour espagnols pour non-Européens
TitrePour quiTravail autoriséCondition clé
Visa nomade digitalTélétravailleurs et indépendants pour l'étrangerOui, à distance hors d'Espagne200 % du SMI et 3 mois d'ancienneté
Visa non lucratifInactifs et retraités disposant de ressourcesNonRessources passives, environ 400 % de l'IPREM
Visa de travail classiqueSalariés recrutés par une entreprise espagnoleOui, en EspagneOffre d'emploi et autorisation de l'employeur
Visa d'entrepreneurPorteurs d'un projet d'entreprise innovantOuiRapport favorable sur le caractère innovant

La différence décisive avec le visa non lucratif tient à l'exercice d'une activité. Le non lucratif interdit toute activité professionnelle, y compris à distance pour un employeur étranger, ce qui le rend inadapté à un télétravailleur. Il convient en revanche parfaitement à un retraité vivant de ses pensions.

Le visa doré, qui permettait d'obtenir un titre de séjour par un investissement immobilier de 500 000 euros, a été supprimé en 2025. Il n'est plus une option, ce que beaucoup d'articles encore en ligne n'ont pas répercuté.

Enfin, pour un non-Européen conjoint d'un citoyen de l'Union, la carte de membre de famille de citoyen de l'Union reste presque toujours plus avantageuse : pas de seuil de revenus propre, autorisation de travail immédiate et procédure plus légère.

Emmener sa famille avec le visa nomade digital

Le dispositif prévoit le regroupement dès la demande initiale, ce qui évite la procédure de regroupement familial classique et ses délais.

Peuvent être inclus le conjoint ou partenaire enregistré, les enfants mineurs, les enfants majeurs à charge qui ne sont pas autonomes, et les ascendants à charge. Les membres de famille obtiennent un titre de même durée que le demandeur principal.

Chaque personne supplémentaire relève le seuil de ressources exigé : il faut ajouter 75 % du SMI pour le premier membre et 25 % pour chaque personne au-delà. Pour un couple avec deux enfants, le revenu requis dépasse ainsi nettement le seuil de base.

Un avantage réel du titre : le conjoint est autorisé à travailler en Espagne, y compris pour un employeur espagnol, ce qui n'est pas le cas dans tous les visas de ce type en Europe. La scolarisation des enfants suit les règles générales, détaillées dans notre guide de la scolarisation aux Canaries.

Renouvellement et accès à la résidence permanente

L'autorisation obtenue depuis l'Espagne dure trois ans et se renouvelle par périodes de deux ans, tant que les conditions initiales restent remplies : activité à distance, revenus au seuil, couverture maladie.

Le renouvellement suppose aussi d'avoir effectivement résidé en Espagne. Des absences prolongées peuvent faire échouer la demande, et surtout casser la continuité nécessaire à la suite du parcours.

Après cinq ans de résidence légale et continue, vous pouvez demander la résidence de longue durée, qui n'est plus conditionnée à l'activité ni aux revenus. Après dix ans en règle générale, la nationalité espagnole devient accessible, ce délai étant réduit à deux ans pour les ressortissants de certains pays, notamment d'Amérique latine.

Questions fréquentes sur le visa nomade digital

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