Las Palmas de Gran Canaria et la plage de Las Canteras, première ville de l'archipel
Vivre ici

S'expatrier aux Canaries : le guide

Ni visa ni autorisation pour un Européen. Ce qui décide de la réussite, c'est le revenu, l'île et la préparation des six mois qui précèdent.

Ce que l'expatriation aux Canaries est vraiment

Commençons par écarter deux idées reçues symétriques. Non, ce n'est pas un paradis fiscal : l'archipel est espagnol, européen, et son impôt sur le revenu des particuliers est dans la moyenne nationale. Non plus, ce n'est pas un simple déplacement administratif : la libre circulation supprime les formalités d'entrée, pas les difficultés de l'installation.

Ce que les Canaries offrent réellement tient en quatre points : un climat stable toute l'année, une fiscalité indirecte allégée avec l'IGIC à 7 % au lieu de la TVA, un coût de la vie modéré hors logement tendu, et le cadre juridique européen, avec la sécurité sociale, la reconnaissance des diplômes et la portabilité des droits.

Ce qu'elles n'offrent pas : un marché du travail dynamique, des salaires élevés, ou un accès facile au continent. Ces trois limites décident de la réussite d'un projet plus sûrement que le climat.

Le calendrier des six mois avant le départ

L'installation se joue largement avant l'arrivée. Voici la séquence qui évite les mauvaises surprises, dans l'ordre où elle se déroule réellement.

  1. 1

    Six mois avant : choisir l'île et commencer l'espagnol

    Le choix de l'île conditionne tout le reste, du budget au marché du travail. Commencez l'espagnol maintenant : c'est le seul poste où six mois d'avance changent tout.

    Comparer les îles→
  2. 2

    Cinq mois avant : sécuriser le revenu

    Accord de télétravail écrit, portefeuille de clients, ou dossier de pension. C'est la pièce que l'administration espagnole vous demandera aussi pour le certificat d'enregistrement.

  3. 3

    Quatre mois avant : le repérage hors saison

    Venez en janvier ou en novembre, pas en août. Le nord de Tenerife en hiver n'a rien à voir avec le sud en été, et c'est exactement ce que vous allez vivre au quotidien.

  4. 4

    Trois mois avant : le NIE et la banque

    Le NIE peut se demander depuis la France, au consulat d'Espagne. C'est souvent plus rapide que d'attendre un rendez-vous sur place, et cela débloque l'ouverture de compte.

    Obtenir son NIE→
  5. 5

    Deux mois avant : le volet fiscal français

    Clarifier la date de transfert de résidence fiscale, anticiper la déclaration de départ et vérifier les conséquences sur vos placements. Ce point se prépare, il ne se rattrape pas.

  6. 6

    Un mois avant : logement temporaire et assurance

    Réservez deux à trois mois de location meublée plutôt qu'un bail à distance. Vous chercherez sur place, en visitant, ce qui évite l'erreur la plus coûteuse du projet.

Le point le plus souvent négligé est le repérage hors saison. La majorité des projets qui échouent reposent sur une décision prise pendant des vacances d'été, dans une zone dont on découvre ensuite le visage réel.

Choisir son île selon son projet

C'est la décision structurante, et elle ne se prend pas sur des critères touristiques. Une île se choisit sur le travail, les services, l'école et le climat qu'on supportera douze mois par an.

Quelle île pour quel projet
ProfilÎles adaptéesPourquoi
Famille avec enfantsTenerife, Gran CanariaÉcoles, santé, activités, communauté francophone
TélétravailleurGran Canaria, TenerifeFibre, coworking, liaisons aériennes
Retraité actifTenerife nord, La PalmaClimat doux, coût modéré, nature accessible
Sports de ventFuerteventura, LanzaroteAlizé constant, écoles, communauté
Recherche de calmeLa Palma, La Gomera, El HierroDensité faible, loyers bas, nature préservée
Emploi salarié localTenerife sud, Gran CanariaLe seul bassin d'emploi significatif

Un critère revient dans tous les retours d'expérience et n'apparaît sur aucune carte : le versant. Sur Tenerife et Gran Canaria, le nord est vert, humide et souvent nuageux, le sud sec et ensoleillé. Ce sont deux vies différentes sur la même île, à une heure de route.

Le comparatif détaillé, avec les loyers, les services et les zones où la communauté francophone est installée, se trouve sur notre page quelle île choisir.

Le budget d'installation et de vie

Deux budgets se superposent, et le premier est celui que les projets sous-estiment le plus : la mise de départ, dépensée avant même le premier mois de vie normale.

Réserve d'installation pour un couple
PosteMontant à prévoir
Caution de deux mois plus premier loyer1 500 - 2 700 EUR
Mobilier et équipement de base1 500 - 3 500 EUR
Véhicule d'occasion3 000 - 6 000 EUR
Démarches, traductions, assurances300 - 800 EUR
Marge de sécurité, trois mois de vie5 700 - 7 800 EUR

Vient ensuite le budget courant, de l'ordre de 1 900 à 2 600 euros par mois pour un couple selon la zone, loyer compris. Le détail poste par poste, île par île, est sur notre page coût de la vie aux Canaries.

Un poste absent de la plupart des prévisionnels mérite d'être ajouté dès maintenant : les retours en France. La réduction résident de 75 % ne s'applique qu'aux liaisons vers l'Espagne continentale, pas vers la France.

Les démarches une fois sur place

Aucun visa pour un Européen, mais un enchaînement dont l'ordre compte, chaque étape conditionnant la suivante.

Le front de mer de Santa Cruz de Tenerife, siège des administrations de la province occidentale
Les bureaux des deux capitales sont les plus saturés. Les commissariats des petites îles traitent les mêmes dossiers avec des délais souvent bien plus courts.
  1. Le NIE, numéro d'identification attribué à vie. Il ne demande pas d'adresse et peut se demander depuis la France.
  2. L'empadronamiento, inscription gratuite au registre de votre commune. C'est lui qui débloque la santé, l'école et la réduction résident sur les vols.
  3. Le certificado de registro, obligatoire au-delà de trois mois de séjour pour les Européens, qui suppose de prouver une activité ou des ressources et une couverture maladie.
  4. La carte de santé du Servicio Canario de la Salud, demandée au centre de santé dont dépend votre adresse.
  5. Le permis de conduire, qui reste valable et ne s'échange que dans trois cas précis.

Comptez un à trois mois pour l'ensemble, l'essentiel du délai tenant à l'obtention des rendez-vous. La vue d'ensemble, avec les lieux de dépôt par île, est sur notre page démarches.

Travailler et entreprendre aux Canaries

La liberté juridique est totale pour un Européen. La réalité économique l'est beaucoup moins, et c'est le point sur lequel les projets se cassent.

Emploi salarié local

Salaires parmi les plus bas d'Espagne, forte saisonnalité, chômage supérieur à la moyenne nationale. L'espagnol est indispensable hors du secteur touristique.

Travail à distance

Le profil le plus représenté parmi les nouveaux arrivants francophones. Fibre correcte dans les villes, fuseau horaire proche de l'Europe, écosystème de coworking à Las Palmas.

Indépendant, autónomo

Inscription à l'administration fiscale et au régime des indépendants. Les cotisations sont proportionnelles au revenu déclaré, avec un plancher dû même les mois creux.

Créer une société

Marché intérieur étroit, 2,2 millions d'habitants sur huit îles. Les dispositifs fiscaux canariens n'ont d'intérêt qu'avec une activité réellement exercée sur place.

Pour une structure qui crée des emplois sur l'archipel, la zone spéciale canarienne ramène l'impôt sur les sociétés à 4 % sous conditions strictes. Pour un salarié ou un dirigeant qui arrive, c'est plutôt le régime des travailleurs déplacés qui peut s'appliquer.

Le quotidien : santé, école, langue, communauté

Une fois les démarches faites, la réussite se joue sur des choses plus banales et plus déterminantes.

La santé. Le système public canarien est gratuit au point de service une fois affilié, avec un médecin traitant attribué selon votre adresse. Les délais dans certaines spécialités poussent beaucoup de résidents à souscrire une mutuelle privée, autour de 50 à 100 euros par mois et par adulte.

L'école. L'enseignement public est gratuit et l'admission repose sur un barème où la proximité du domicile pèse lourd, d'où l'importance de l'empadronamiento. Le calendrier des inscriptions se concentre au printemps pour la rentrée de septembre. Le sujet est traité sur notre page scolarisation aux Canaries.

La langue. L'espagnol canarien est plus rapide et plus aspiré que le castillan de Madrid, avec du vocabulaire propre et une influence latino-américaine marquée. Une base scolaire suffit pour démarrer, mais les premières semaines sont exigeantes.

La communauté francophone. Elle est réelle mais dispersée, plus dense dans le sud de Tenerife, à Las Palmas et à Puerto de la Cruz. Elle rend les premiers mois plus faciles, et devient un piège si elle remplace l'apprentissage de la langue.

Le déménagement, la voiture et les animaux

C'est le volet logistique, et il réserve une surprise de taille aux nouveaux arrivants : les Canaries sont hors du territoire douanier de l'Union pour la TVA. Un envoi depuis la France est donc une exportation, avec déclaration douanière à la clé, même si l'on reste dans l'Union européenne.

Le déménagement

Par conteneur maritime depuis un port français ou espagnol, deux à quatre semaines de transit. Un régime de franchise existe pour les biens personnels d'un particulier qui transfère sa résidence, sous conditions de détention et de délai.

La voiture

L'importation d'un véhicule déclenche des formalités fiscales spécifiques et une immatriculation espagnole. Sur des véhicules courants, acheter sur place revient souvent moins cher, l'IGIC étant bien plus léger que la TVA.

Les animaux

Passeport européen pour animal de compagnie, puce d'identification et vaccination antirabique à jour. Vérifiez les conditions de transport de votre compagnie aérienne, plus restrictives sur ces liaisons que sur les vols intérieurs.

Ce qu'il ne faut pas emporter

Les appareils électroménagers volumineux et l'électronique : ils coûtent souvent moins cher sur place grâce à l'IGIC, et le fret annule l'économie.

Un arbitrage revient chez presque tous les nouveaux arrivants : partir léger et racheter sur place, ou expédier un conteneur. La règle empirique locale est simple : tout ce qui se rachète pour moins que son coût de fret reste en France. Cela concerne beaucoup plus d'objets qu'on ne l'imagine.

La première année et ce qui vient après

Les retours d'expérience décrivent un schéma assez constant, en trois temps, et le connaître aide à ne pas confondre une difficulté normale avec un échec.

Les trois phases d'une installation
PériodeCe qui se passeLe risque
Mois 1 à 3Démarches, logement temporaire, repères pratiquesÉpuisement administratif, découragement
Mois 4 à 9Logement définitif, routine, premiers liensIsolement si la langue n'avance pas
Mois 10 à 18Bilan réel du projet, décision de rester ou nonDécision prise sur un hiver difficile

Le passage délicat se situe autour du premier hiver sur un versant nord, quand la mer de nuages s'installe et que les logements, conçus sans chauffage ni isolation, deviennent humides. Beaucoup de renoncements se décident à ce moment, parfois sur un mauvais choix de quartier plutôt que sur un mauvais choix d'archipel.

Sur le plan administratif, la première année se termine par une échéance utile : la déclaration fiscale espagnole, si vous êtes devenu résident fiscal. Elle formalise le changement et clôt la période d'ambiguïté entre les deux pays.

Après cinq ans de résidence légale et continue, vous pouvez demander le certificat de résidence permanente, qui n'est plus conditionné aux ressources ni à la couverture maladie. C'est le point où l'installation cesse d'être un projet pour devenir une situation.

Les erreurs qui font échouer un projet

Quatre erreurs reviennent dans presque tous les retours de projets abandonnés au bout d'un an.

  • Décider pendant des vacances d'été. Le nord de Tenerife en février et le sud en août sont deux climats sans rapport. Un repérage hors saison évite la déconvenue la plus fréquente.
  • Signer un bail à distance. Les photos ne montrent ni l'humidité des versants nord, ni le bruit, ni l'exposition. Prenez une location temporaire et cherchez sur place.
  • Compter sur un emploi local sans espagnol. C'est la cause principale des retours en France dans la première année.
  • Négliger la sortie fiscale française. Le transfert de résidence fiscale se prépare avant le départ, se déclare, et a des conséquences sur les placements et les revenus de source française.

Une remarque pour finir. Les projets qui tiennent partagent presque toujours deux traits : un revenu qui ne dépend pas du marché local, et un séjour d'essai de plusieurs mois avant la décision définitive. Ce sont les deux investissements les plus rentables de tout le processus.

Questions fréquentes sur l'expatriation aux Canaries

Poursuivre votre projet